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Il suffit de regarder dehors non ?

Et puis la date c'est pareil elle n'y est plus le calendrier des PTT il est très bien

 

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Musique

Mardi 30 janvier 2007

Air

Air risque et se dévoile, sans fard. Après avoir scruté la nostalgie (“Moon Safari”, 1998), l’exercice de style (la BO “The Virgin Suicides”, 2000), le futurisme dans sa phase électronique la plus désincarnée (“10 000 Hz Legend”, 2001) ou l’illustration sonore dans son mode le plus abstrait (le disque narratif Air/ Baricco, “City Reading...”, 2003), le duo se penche à présent sur le plus difficile des objectifs, qui consiste à se raconter. Pour la première fois de leur carrière, Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin ont décidé de quitter les concepts, d’arrêter, en quelque sorte, de se réfugier derrière pour se pencher vers eux-mêmes, et livrer leur intimité. Cela ne pouvait passer que par la chanson. Oui, les deux amis chantent (Jean-Benoît pour l’essentiel) en anglais, et inscrivent ce nouvel album dans un format pop : des morceaux simples, courts, et des arrangements minimaux, très classe, conçus avec le producteur de Radiohead, Nigel Godrich. Néanmoins, aucune rupture cinglante n’est intervenue. On reconnaît Air, ce visage planant et mélancolique, et cette quête éperdue et si chère à Brian Wilson de la mélodie parfaite. Les références musicales parfois évidentes par le passé ont disparu, le tandem a osé et s’est trouvé. Il balade l’auditeur à travers des thèmes pop universels et intemporels, parcourus de ballades nostalgiques (“Cherry Blossom Girl”), de comptines futuristes (“Run”) ou de rêves émerveillés (“Surfin’ On A Rocket”, “Another Day”), tel le contre-pied parfait, voire nécessaire aux escapades morbides du précédent “10 000 Hz Legend”. Le chant, timide, pas encore assuré, insuffle à nos chercheurs de beauté une grande sensibilité. En réalité, Air ne s’est jamais montré aussi fragile, le choix du dépouillement ultime n’autorisait pas autre alternative, et ce même lors des instrumentaux du disque : le tendre “Mike Mills”, titre hommage au graphiste de “Moon Safari”, le clin d’œil à Ennio Morricone “Alpha Beta Gaga”, écrit à la demande de Madonna pour “American Life” (et finalement écarté de l’album par l’Américaine) ou le superbe “Alone In Kyoto” composé pour le film “Lost In Translation” de Sofia Coppola. Et partout ces arpèges de guitares espiègles, ces douces nappes synthétiques, ces dédales de petites sonorités électroniques, un jeu d’harmonie qui confirme que la patte du duo ne provient pas tant de sa production mais de son réel talent d’écriture. D’ailleurs, les deux garçons pourraient s’amuser à jouer en acoustique, intégralement, rien n’y changerait, non, leur identité ne serait pas bouleversée. Certes, la bienveillance omniprésente des morceaux de “Talkie Walkie” pourra lasser mais, avec ce disque, Air vient de définitivement boucler l’élaboration de sa personnalité. Et bien qu’ils n’aient jamais musicalement appartenu à ce courant, les seuls véritables survivants de la French Touch se trouvent ici.

 

Par zzzz
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Mardi 30 janvier 2007

Arcade Fire “Funeral” Rough Trade/ PIAS 

Jésus, Marie, Joseph ! Depuis quand n’avions-nous pas entendu une voix aussi habitée ? Depuis les fous furieux Texans de Lift To Experience ? Depuis Black Francis chantant “Debaser” ? Thom Yorke sur “Fake Plastic Trees” ? On ne sait plus trop... C’est un choc. Une expérience. Un album sur lequel tous les morceaux renversent, cette chose si rare... Les Arcade Fire sont une bande de prophètes en provenance du Québec, s’articulant autour du couple Win Butler, natif du Texas, et Régine Chassagne (on ne plaisante pas), ancienne fillette de Haïti. Leur premier album est un monstre... Leurs dix chansons, une carte de visite en forme de rêve que vénère, paraît-il, le Thin White Duke en personne. Il y a, là-dedans, un foutoir d’influences plus ou moins précises, qui finissent par s’assembler pour donner au groupe un style, une griffe, qui sont ceux des vrais géants... Un mélange tordu de pure americana gothique et d’anglophilie savante, de post-punk totalement digéré et de baroque féerique. Il paraît qu’avant de composer ces morceaux dantesques, une hécatombe s’est produite dans les différentes familles des hommes et femmes composant Arcade Fire... Les uns ont perdu un oncle, les autres une tante, d’autres encore un grand-père ou une grand-mère. Un quasi-génocide québécois ! D’où le titre de l’album et le chant fiévreux de Butler, souligné ici et là par les interventions féroces de sa mousmé Régine. D’emblée, via “Neighborhood °1”, premier titre ouvrant le bal, et plus beau morceau entendu en trop d’années, c’est une totale déflagration, un crescendo funeste, qui ne s’achève qu’au cinquième titre. On n’a jamais rien entendu de pareil... En cherchant des comparaisons assez hasardeuses, quelques noms sortent bien — The Willard Grant Conspiracy, Lambchop, Sigur Rós — mais non, finalement, ce sont les premiers Echo & The Bunnymen pour la voix, ou Talking Heads pour ce sens du nerf à vif. Et encore, ce n’est pas sûr... Des Radiohead période “The Bends” mais fans de country et de murder ballads ? Des Pixies version grand orchestre ? Ce n’est toujours pas ça... C’est qu’Arcade Fire, précisément, a cette chose rare absente chez les Bloc Party/ Kaiser Chiefs/ Bravery/ Franz Ferdinand, etc : l’épaisseur. La grandeur d’âme. Ici, lorsqu’un morceau commence comme une énième version moderne de Gang Of Four (“Neighborhood °2”), c’est pour décoller dans un refrain abracadabrant, poignant et mirifique qui n’a strictement plus rien à voir avec les habituelles et simplettes resucées post-punk. Puis c’est une valse avec crincrin de bal fin de siècle (“Crown Of Love”) qui enchaîne sur un hymne entonné par mille chœurs (“Wake Up”) au bord du suicide collectif. Ces Arcade Fire sont d’une intensité palpable. Ils ont le truc qui remue, qui fouille les tripes et qui malaxe le cortex. Ce Win Butler semble en transe, là-haut, au huitième cercle transcendantal ! Il faut l’entendre sur “Rebellion (Lies)”, c’est évident, sa vie en dépend. Derrière, le groupe déploie des choses inouïes, travaille l’art subtil du crescendo, du plein et du délié. “Funeral” s’achève qu’on ne l’a pas vu passer. C’est normal, il nous a traversé ! Il ne reste alors qu’une chose à faire : repartir de zéro, remettre tout là où ça a commencé et tenter, vainement, de reprendre d’assaut cet effarant sommet.

Par zzzz
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Mardi 30 janvier 2007

Artic Monkeys

“Whatever People Say I Am, That's What I'm Not” Domino/PIAS 

 

 

 

Bonne vieille Angleterre. A peine les Libertines mis en bière, les mouches de la hype volent déjà autour d’une nouvelle mule. Arctic Monkeys. Il serait question du groupe que la génération, élevée entre The White Stripes et Franz Ferdinand, attendait. Il serait question d’un groupe transpirant par tous les pores les us et coutumes britanniques. "Comme The Jam ou Oasis", s’emballe déjà le NME sur l’air du Ces gamins vont changer vos vies ! Normal, voilà quatre Oliver Twist de 19 ans et autant de signes d’appartenance au romantisme prolétaire. A observer les dégaines des néo " working class heroes ", on se croirait dans un film de Ken Loach. Peaux pâles, yeux dans le vague, accent heurté, mains dans les poches, idéalisme, arrogance, commentaire social... Pour qui a aimé The Clash ou The Undertones difficile de trouver pedigree plus pur. Mieux, le premier album "Whatever People Say I’m, That’s What I’m Not" (chouette titre de branleur pour un disque attendu comme le messie) propose un amalgame de la gouaille de The Streets, des embardées funk des Stone Roses et des sprints des Buzzcocks. Même si le tout est présenté en version rongée par l’acné, on ne peut que reconnaître au quatuor de Sheffield un beau talent à trousser des mélodies touchant au but. Qu’ils s’intitulent "I Bet You Look Good On The Dancefloor", "From Ritz To The Ruble" ou l’épatant "Mardy Bum" (animé de clins-d’œil à The Smiths), les hymnes du disque, dévoilent le même schéma : accords simples, tempo ahurissant. Les rythmiques slaloment, les guitares s’emballent. Puis, parfois le tempo se relâche. Les yeux se mouillent le temps d’une sublime rêverie pop folk, le cul posé dans l’herbe, la tête plongée dans les étoiles et la fumée des usines (" Riot Van "). La voix éraillée et la diction élastique d’Alex Turner (qui a autant à voir avec la scansion rap qu’avec les incantations folk) enfoncent le clou avec des mots de revanche. Ici, il est question de videurs refusant l’entrée dans les night-clubs, de filles allumant sur le dancefloor et refusant, ensuite, de se laisser peloter. Une vision de l’Angleterre pas glamour, d’accord, mais réelle. La jeunesse parle à la jeunesse. Il y a 13 titres ici et autant de façons de bégayer le " My Generation " de The Who. 13 façons de transcender l’ennui urbain et les soirées entre amis devant un kebab et la Playstation sur fond ska, punk, funk et pop. Sur son album, Arctic Monkeys rappelle les cavalcades du gros Wayne Rooney sur un terrain de foot. Frapper d’abord, courir ensuite. A partir de là on peut tout promettre à ce groupe pas encore fini. Si le hold-up fonctionne sur la durée (option Oasis) ce sera la douzaine de Rolls Royce devant la piscine. Si la fougue ne passe pas le coup d’essai (option les baltringues Shed Seven), ce sera la gueule de bois et le retour à l’anonymat des pubs. Qu’importe ! Entre temps il y aura eu ces tubes de britrock bravaches. Si l’élégance reste la propriété des feus Libertines, la générosité, elle, est déjà au patrimoine des Arctic Monkeys.

Par zzzz
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