Tout ce que j'aime est ici

Maintenant il est là, seul dans le refuge Caron. Il a ouvert la fenêtre à la lumière, étalé sur la table les affaires de son sac, son ses provisions, ses lainages, tout son matériel d' alpiniste, accoté ses skis dehors pour les faire sécher, et il goûte le repos après la dure fatigue. Saint repos, délassement total de l'être, Assis sur la terrasse de la cabane, le torse nu, détente heureuse .ses grosses lunettes sur les yeux, il grignote quelques fruits secs et regarde au loin : là-bas, par-delà la vallée blanche du glacier, la muraille des Écrins dresse sa cuirasse de nickel vif, avec tous les sommets environnants, sur un ciel profond couleur de gentiane.
Symphonie bleue et blanche d'une intensité extraordinaire, trop brutale même, et dont l'éclat finirait un peu par assommer l'esprit; Mais lui, le vagabond de tant de luttes, le grand blessé de la terre, il sent maintenant comme une vie nouvelle pénétrer insensiblement en lui et le recréer.
« Le chemineau de la montagne » Léon Zwingelstein Page 108.