CONTRÔLEZ LES ARMES/
HALTE À LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES
Ce commerce estimé à plusieurs milliards de dollars qui place les femmes
dans la ligne de mire
Index AI : POL 30/010/2005
ÉFAI
Embargo : lundi 7 mars 2005 (10 h 00 TU)
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Nouveau rapport publié conjointement
par Amnesty International, Oxfam et le RAIAL (Réseau d’action
international sur les armes légères) dans le cadre des campagnes
Contrôlez les armes et Halte à la violence contre les femmes.
Les femmes paient un tribut de plus en plus lourd au commerce des armes
légères, dangereusement incontrôlé et estimé à plusieurs milliards de
dollars ; c’est ce que révèle un nouveau rapport publié ce lundi 7 mars
2005, à la veille de la Journée internationale de la femme.
On estime à environ 650 millions le nombre d’armes légères en
circulation dans le monde aujourd’hui. Or, près de 60 p. cent de ces
armes sont entre les mains de particuliers, du sexe masculin pour la
plupart. Les femmes et les fillettes subissent les répercussions
directes et indirectes de la violence armée :
– une agression a 12 fois plus de chances d’avoir une issue fatale en
présence d’une arme à feu qu’avec tout autre type d’arme ;
– en Afrique du Sud, une femme est abattue par son compagnon ou son
ex-compagnon toutes les dix-huit heures ;
– aux États-Unis, la présence d’une arme à feu à la maison augmente de
41 p. cent le risque qu’un membre de la famille ne soit tué ; mais
accroît ce risque de 272 p. cent pour les femmes ;
– en France et en Afrique du Sud, une femme sur trois tuée par son mari
est victime d’une arme à feu ; aux États-Unis, cette proportion atteint
deux sur trois ;
– les meurtres familiaux sont la seule forme d’homicides qui engendre un
plus grand nombre de victimes chez les femmes que chez les hommes, le
meurtrier étant le plus souvent leur partenaire ou un homme de la famille.
« Les femmes sont particulièrement vulnérables à certains crimes parce
qu’elles sont des femmes, par exemple à la violence au sein du foyer et
au viol. Dans la mesure où ce ne sont presque jamais elles qui achètent,
possèdent ni utilisent des armes légères, elles sont touchées de manière
disproportionnée par la violence armée. La possession d’armes est
souvent justifiée par la nécessité de protéger les femmes et leurs
familles, mais la réalité est toute autre. Les femmes veulent que les
armes disparaissent de leur vie », a déclaré Denise Searle, directrice
générale de la Communication et du Travail de campagne à Amnesty
International.
Les délégués des campagnes Halte à la violence contre les femmes et
Contrôlez les armes ont présenté les principales conclusions de leur
rapport lors d’une conférence de presse tenue ce lundi 7 mars 2005 à
Johannesburg, en Afrique du Sud.
Ce rapport, intitulé Armes à feu : les femmes en danger (index AI : ACT
30/001/2005), détaille les contextes dans lesquels les femmes sont le
plus exposées à la violence armée, que ce soit dans leur foyer, dans
leur quartier ou leur village, lors d’un conflit ou après un conflit. En
outre, il examine un large éventail de mesures de contrôle des armes
adoptées par différents États dans le monde, bien souvent à l'issue de
campagnes menées par des femmes contre la violence armée :
– entre 1995, date à laquelle le Canada a durci sa législation dans ce
domaine, et 2003, le taux d’homicides par armes à feu touchant des
femmes a chuté de 40 p. cent ;
– pendant les cinq années qui ont suivi la réforme des lois sur le port
d’armes en Australie (1996), le taux d’homicides par armes à feu a
diminué de moitié en ce qui concerne les victimes féminines ;
– au Brésil, il est depuis peu interdit de posséder une arme avant l’âge
de vingt-cinq ans, les jeunes hommes et les garçons étant les principaux
auteurs des très nombreux actes de violence armée.
« Le viol est devenu une arme de guerre. Ce qui signifie que les femmes
et les fillettes sont prises pour cibles dans leurs maisons, leurs
champs et leurs écoles – parce que ce sont des femmes. Sans une
participation active des femmes à tout processus de paix et de
reconstruction, il n’y aura ni sécurité, ni justice, ni paix », a fait
valoir Anna MacDonald, directrice des Campagnes et de la Communication à
Oxfam Grande-Bretagne.
Ce rapport formule une série de recommandations fondées sur des exemples
de règles de bonne pratique, notamment :
– l’obtention d’un permis de port d’armes doit être rendue obligatoire
pour toute personne désireuse d’acquérir une arme, sur la base de
critères stricts interdisant de l’accorder à des personnes ayant des
antécédents de violences au sein du foyer ;
– le droit national doit proscrire la violence contre les femmes en tant
qu’infraction pénale, avec des sanctions réelles pour ses auteurs et des
réparations pour les victimes, ainsi que la pleine mise en œuvre des lois ;
– les organes chargés de faire appliquer la loi doivent bénéficier d’une
formation spécifique, afin de faire en sorte qu’ils respectent les
droits humains des femmes et que ceux qui les bafouent soient traduits
en justice ;
– les femmes doivent participer au même titre que les hommes à tous les
processus de paix, ainsi qu’aux programmes de démobilisation, de
réinsertion et de désarmement, afin de veiller à ce que les armes en
surnombre et illégales soient effectivement récupérées et détruites ;
– un traité sur le commerce des armes doit être mis en place, qui
interdirait les transferts en cas de risque évident d’utilisation de ces
armes pour commettre des actes de violence à l’égard des femmes ou
d’autres atteintes aux droits humains ;
– les particuliers ne doivent pas être autorisés à posséder des armes
d’assaut conçues pour un usage militaire en dehors de circonstances très
exceptionnelles compatibles avec le respect des droits humains.
« La nécessité est réelle de développer des sources de subsistance
durables, qui ne se fondent pas sur une culture de la violence. Ce qui
revient à proposer de nouveaux modèles qui ne fassent pas rimer virilité
avec violence armée, ni féminité avec passivité », a indiqué Judy
Bassingthwaite, directrice de Gun Free South Africa (GFSA), représentant
le RAIAL.
Complément d’information
La campagne Contrôlez les armes a été lancée par Amnesty International,
Oxfam et le RAIAL (Réseau d’action international sur les armes légères)
en octobre 2003. Elle a pour objectifs de limiter la prolifération et
l’utilisation abusive des armes à feu et de convaincre les gouvernements
d’adopter un traité contraignant sur le commerce des armes.
La campagne Halte à la violence contre les femmes a été lancée par
Amnesty International en mars 2004. Elle vise à faire adopter des lois,
des politiques et des pratiques propres à mettre un terme à la
discrimination et à la violence dont sont victimes les femmes.