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LE GOUT DU RISQUE
Pourquoi les alpinistes ont-ils le goût du risque ? Est-il légitime de vivre une activité ludique sportive qui implique l'acceptation d'un risque majeur ?Sans cesse dans l'histoire et dans la pratique de l'alpinisme ,on est confronté au drame de la disparition, de l'accident, de la mort. Il faut bien distinguer la quête et ses efforts. L'alpiniste ne cherche pas le danger. Il cherche la confrontation avec des forces naturelles. Avec la nature. La nature, c'est ce que l'on maîtrise pas. La nature, c'est bien sûr cette zone non aménagée, non organisée par l'homme. C'est une source d'émotion surdimensionnée. La nature est finalement en rapport avec nos sentiments "sauvages .La nature est proche de l'amour. La nature est proche de la mort. L'alpiniste est simplement quelqu'un qui accepte la nature en lui. C'est pour cela qu'il s'engage dans une quête qui fragilise apparemment la vie, mais qui en réalité l'aiguise, la réveille. On peut gloser sur le sens de la vie. On sent bien qu'elle ne se joue pas seulement......du côté du confort. Le quotidien a des allures étrangement mortifères, bien souvent. Il ne permet pas ce débordement d'émotion que procure la joie de s'immerger dans une nature débridée. Pourquoi pleure-t-on très souvent au sommet d'une montagne ? Parce que, tout simplement, on retrouve cette qualité de nature en soi. Parce que pendant un court instant privilégié, on accepte d'être relié au monde, on accepte de dépasser la condition humaine pour mieux la comprendre. L'alpiniste se sait mortel au sommet de ces montagnes. C'est une chance, c'est un défi. C'est une humilité et beaucoup d'orgueil. Le droit au risque est une revendication importante. Il faut le préserver. Il est à l'égal de la poésie le terrain dernier du savoir-vivre, du savoir-mourir, du goût du bonheur, de l'amour de la nature.
VERTICAL DECEMBRE 98