AFP - 01 février 05 : Renouvelables, les industriels pessimistes sur le
décollage des filières
Les industriels des énergies renouvelables ont jugé mardi "préoccupant"
l'état de développement de plusieurs de ces nouvelles filières, la France
risquant, selon eux, de violer ses obligations européennes et de rater un
gisement d'emploi considérable. Ils ont ciblé notamment les éoliennes dont
la capacité de production devrait atteindre au moins "10.000 à 12.000
mégawatts" en 2010 pour respecter une législation européenne sur
l'électricité d'origine renouvelable. Avec 386 MW seulement fin 2004, on
peut nourrir "le plus grand scepticisme" sur les chances d'atteindre
l'objectif européen, a déclaré à la presse le président du syndicat des
énergies renouvelables (SER), André Antolini. Il faudrait porter le rythme
de construction des éoliennes à 2.000 MW par an (133 MW en 2004), sinon "ce
n'est même pas en 2100 mais en 3000 qu'on l'atteindra", a-t-il estimé. Et de
rappeler que la part des énergies "vertes" dans la consommation de courant,
fixée à 21% en 2010 pour la France par la directive européenne, ne cessait
de régresser (18% en 1990 - 13,5% en 2003). Pour débloquer la situation de
l'éolien, il faudrait "un fort engagement de l'Etat" pour encadrer les
investissements nécessaires, soit 12 milliards d'euros en six ans. Il
faudrait aussi que les préfets reçoivent des instructions de Paris sur le
nombre précis de MW à installer dans leur région. Enfin on pourrait lancer
"un gros appel d'offres" sur "6 à 7.000 MW" d'éolien. Côté photovoltaïque,
la situation est carrément "désespérée". Car le crédit d'impôt pour l'achat
d'équipements renouvelables, "une bonne mesure" en place depuis le 1er
janvier, va bénéficier essentiellement aux appareils produisant de la
chaleur (chauffe-eau solaires, chaudières). Il sera loin de suffire pour
l'électricité solaire. Cette filière est condamnée (27 MW seulement installé
fin 2004) si le tarif d'achat du courant n'est pas au moins doublé pour la
soutenir, a considéré M. Antolini. Une revendication, a-t-il noté, qui
"déclenche une hostilité franche et massive" des pouvoirs publics. Le
gouvernement commet "une erreur majeure", a renchéri Arnaud Mine, un des
vice-présidents du SER. "Au moment où l'on ne parle que de la mise en place
de plans sociaux, le photovoltaïque représente des centaines de milliers,
voire des millions d'emplois à travers le monde". Selon une étude du SER
publiée mardi, les renouvelables emploient actuellement 38.900 personnes
dont 2.000 pour l'éolien et 1.000 pour le photovoltaïque. 76.500 emplois
pourraient être créés d'ici 2010 (20.000 pour l'éolien et 2.500 pour le
photovoltaïque). "Pourquoi mettre tous nos oeufs dans le même panier", a
demandé M. Mine, accusant ainsi le gouvernement de primer l'énergie
nucléaire. "On est quand même un petit peu à l'envers", a relevé aussi M.
Antolini. "On n'arrive pas" à boucler le vote de la loi d'orientation sur
l'énergie qui vise "la diversification des sources et les économies
d'énergie". "Par contre, ce qu'on sait déjà, c'est que de toutes façons le
(nouveau) réacteur nucléaire (EPR), lui, on le construira et que la
commande, si elle n'est pas passée, va l'être". Les autres formes d'énergie
qui servent à produire de l'électricité "aimeraient bien que les instruments
de promotion soient mis en place et pas les instruments de leur
étouffement", a-t-il ajouté.